Le grand cèdre du domaine du Pourtaou a tiré sa révérence. Depuis des générations, il veillait sur les lieux et incarnait l’esprit de la demeure de Jean Rameau. Dans la nuit du 19 au 20 février 2026, la tempête Pedro l’a définitivement terrassé. Emporté par un tourbillon, l’arbre majestueux a été arraché à la terre avant de s’abattre sur le toit et de causer de lourds dégats à la maison du poète et écrivain.
Article Sud-Ouest du 20/02/2026
©Benjamin Ferret
Un grand cèdre vieux de « plus de 250 ans »
s’est abattu hier sur la toiture du domaine
du Pourtaou, à Cauneille, inscrit à l’Inventaire
des Monuments historiques et connu pour
sa roseraie imaginée par le poète, disparu en 1942
Le grand cèdre du domaine du Pourtaou n’est plus. Témoin des derniers siècles et de l’âme des lieux, le gardien de la maison de Jean Rameau a fléchi irrémédiablement au passage de la tempête Pedro, ce jeudi 19 février 2026. Déraciné par « un tourbillon » d’une violence aveugle venue du sud de Cauneille, l’arbre-monde s’est effondré sur les toits de la demeure du poète et écrivain, né en 1858, un 19 février.
« Le cèdre est mort le jour de la naissance de Jean Rameau », parvient à ironiser Jacqueline Sarthou. En ce matin funeste, on s’abstient d’ajouter que l’arbre est tombé à deux jours du 84e anniversaire du décès de cet homme de lettres, mort (en 1942) à l’âge de 84 ans. Pour la propriétaire du domaine du Pourtaou, la nuit n’a pas seulement été courte. Elle a été brutale, marquée par le fracas d’une époque qui s’écroule. « À minuit, on a entendu un bruit terrible depuis notre lit. On s’est levé et on a vite compris. »
L’une des branches de ce cèdre, vieux de « plus de 250 ans », s’est ainsi arrêtée à quelques centimètres seulement de la vitre d’une des chambres de l’étage de la bâtisse. La plupart des vitraux des fenêtres de « la librairie », pièce de l’étage dans laquelle le poète conservait quelque « 4 000 bouquins », ont en revanche été brisés en mille éclats par d’autres morceaux de l’arbre. Du plafond, deux d’entre elles percent et font penser aux dents d’un carnassier coincé dans la charpente de la demeure, inscrite à l’Inventaire des Monuments historiques.
Les infiltrations menacent
« Une branche courbe s’est accrochée au zinc d’une partie du toit. Cela a évité que toute la masse du cèdre éventre la toiture de tuiles. Les dégâts auraient pu être bien plus importants », apprécie Claire Desqueyroux. L’architecte, spécialisée dans la rénovation du patrimoine, est venue dès ce jeudi matin constater le sinistre.
Si le choc est passé, le péril demeure grand. Les abats d’eau qui ont accompagné les vents de Pedro s’invitent désormais par les brèches du toit. Les infiltrations menacent directement les ouvrages rares, les peintures et le mobilier du poète. Des fissures ont également fait leur apparition sur des murs intérieurs.
« On a déplacé en urgence les livres des étagères situées sous les fenêtres brisées, puis posé des bâches », relève Jacqueline Sarthou. Nombre de bassines et autres seaux ont aussi pris place sous les gouttes qui tombent en rythme dans la bibliothèque et au moins deux des chambres de la maison de Jean Rameau.
Une équipe d’une entreprise spécialisée dans la rénovation du bâti patrimonial s’affaire déjà sur les toits du domaine du Pourtaou. Les branchages tombés sont débités à la tronçonneuse puis évacués de la toiture jusqu’au sol, sans qu’on songe encore à compter le nombre de tuiles qui ont été brisées par la tempête.
Nouveaux travaux
Débiter le tronc du colosse abattu par le souffle de Pedro risque encore de nécessiter quelques heures d’élagage, quand l’ampleur du chantier de rénovation à mener ensuite demeure impossible à estimer. « L’important, c’est de parvenir d’abord à stabiliser les entrées d’eau. Il s’agira ensuite de voir, avec l’expert en assurance, tout ce qui a pu être endommagé », soulignent Claire Desqueyroux et Jacqueline Sarthou.
Pour la propriétaire du domaine du Pourtaou – connu pour sa roseraie imaginée par Jean Rameau et sa Gloriette, bénéficiaire du Loto du patrimoine de Stéphane Bern – la chute du cèdre est doublement cruelle. Au-delà de rappeler la fragilité de nos édifices, elle se produit au moment où des travaux de restauration de l’intérieur de la maison de Jean Rameau touchaient à leur fin. Un comble d’ironie tragique.
Article Sud-Ouest du 20/02/2026
©Benjamin Ferret
Photo du Pourtaou avant que la tempête Pedro ne déracine le cèdre de 250 ans.